La pression de « réussir » les Fêtes
- Marie-Ève Touzin

- 5 déc. 2025
- 8 min de lecture
Ah, le temps des Fêtes ! Un moment de festivités, de rencontres familiales, de préparatifs de toutes sortes. Pour certains, cela rime avec joie et bonne humeur ; pour d’autres, ça peut surtout être vu comme un stress supplémentaire (et souvent, c’est peut-être un peu des deux !). Plusieurs personnes ressentent une sorte de pression devant les Fêtes : il faut aller voir la parenté (qui habite parfois à plusieurs heures de route), socialiser dans les partys de bureau, faire suffisamment de cuisine, de cadeaux, de décorations – et quelque part dans tout ça, trouver une petite heure ou deux pour souffler et relaxer un peu. On veut faire plaisir à nos proches, les impressionner, on aimerait créer la magie des Fêtes et que tout soit parfait. Et tout ça peut être aussi motivant qu’épuisant.
De plus, si on vit avec un proche atteint, il se peut que notre niveau d’énergie soit davantage en déficit (de même que pour la personne atteinte, d’ailleurs). Il est normal que, malgré notre volonté de bien faire les choses pour Noël, on ait un peu de mal à joindre les deux bouts, et qu’on n’arrive pas toujours aux attentes qu’on s’était fixées à la base. Comment gérer cette pression, et si possible, réussir à s’en défaire?
Arrêter de se comparer
Quand arrive le mois de novembre, on voit peu à peu la thématique des Fêtes apparaître un peu partout : dans les publicités, dans les décorations des maisons et des magasins, dans les réseaux sociaux. On est bombardés d’images de joie et de lumières féériques. On nous montre des commerciaux où des cadeaux dispendieux sont échangés dans des familles d'apparence chic et heureuse. Bref, on nous fait rêver - mais on nous rappelle rarement que tout n'est pas toujours si joyeux et parfait pour beaucoup de gens.
D'abord, nous ne sommes pas tous des experts en décoration ou en pâtisserie. On n’a pas tous autant de temps, de budget ou d’énergie à consacrer aux préparatifs de Noël. Tout le monde tend à se comparer, c’est un réflexe très humain – mais ça peut être injuste envers soi-même si on compare seulement nos résultats avec ceux des autres, et qu’on oublie de prendre en compte nos spécificités et limites personnelles. Le plus souvent, ce qui importe le plus en fait n'est pas la perfection du résultat, mais le cœur qu’on y a mis.
Ensuite, lorsqu’on vit auprès d’une personne atteinte, on peut être porté à comparer notre temps des Fêtes à celui d’autres familles qui, elles, vivent peut-être moins d’enjeux. On peut en venir à se dire qu’on ne réussit pas à tout gérer aussi bien que les autres, qu'on ne paraît pas aussi bien, qu’on a moins de motivation pour tout. On aimerait pouvoir être à notre meilleur en tant que famille, paraître sous notre meilleur jour dans ce temps de l'année où tout autour de nous semble plus beau. Mais il est important de se rappeler que pour une personne atteinte de trouble de santé mentale, les émotions négatives peuvent survenir plus vite, et les déclencheurs peuvent être plus nombreux, même en temps normal. Et le temps des Fêtes, pouvant être ressenti par certains comme une rupture temporaire d’avec le quotidien routinier et rassurant, peut représenter une source plus grande de déclencheurs, d'émotions fortes et de stress pour les personnes plus vulnérables.
Et, bien sûr, si notre proche se sent plus fragile durant le temps des Fêtes, il est naturel que ça nous affecte aussi. Peut-être qu'on se sentira plus facilement émotif, plus rapidement fatigué, un peu moins patient. Peut-être qu'on ne réussira pas à cuisiner, à décorer ou à ''propager la magie des Fêtes'' autant que d'autres personnes autour de nous. Et, quand on y pense, c'est plutôt normal en fait.
Bref, il est important de garder des attentes réalistes, et de prendre en compte nos réalités personnelles et familiales dans l'organisation et le déroulement de notre temps des Fêtes.
Dire non
Un mot pourtant si simple, mais qu’on a parfois tellement de mal à dire aux autres. Durant les Fêtes, il est possible qu’on reçoive plusieurs invitations pour des soupers, des soirées, des brunchs – et, en soi, ces rencontres sociales peuvent évidemment faire très plaisir et être les bienvenues – mais il peut aussi arriver qu’on accepte d’y aller davantage par sentiment d’obligation que par envie.
Nous avons le droit de dire que nous ne nous sentons pas assez en forme pour participer à une rencontre familiale. Et nous devrions avoir le droit de le faire sans avoir peur d'être jugé, puisque le jugement découle souvent du fait qu'une personne ne comprend pas suffisamment notre réalité. Il est normal aussi de ne pas vouloir froisser ou décevoir les gens qui nous font des demandes, les gens qu'on aime. Il est normal d'avoir peur de dire non. Parfois, on peut même avoir du mal à se valider soi-même dans notre besoin de calme et de repos.
Il est avant tout important d'essayer d'être honnête avec soi-même. Vous sentez-vous vraiment l'énergie de faire telle chose? En avez-vous vraiment envie? Le faites-vous seulement par peur des reproches? Il est possible qu'on se rende compte qu'après tout, oui, on a envie d'aller à tel événement, qu'en fait ça nous fera sûrement du bien de voir des gens - mais il est possible aussi qu'on réalise que pour le moment, c'est peut-être quelque chose d'un peu trop demandant pour notre état actuel.
Dire non, ça ne veut pas dire qu'on aime moins les gens autour de nous. C'est important qu'on le comprenne, et qu'ils le comprennent eux aussi (n'hésitez pas à leur rappeler, au besoin). Si vous avez la chance d'être à l'aise de parler de santé mentale avec les gens autour de vous, alors vous pouvez leur parler de vos besoins particuliers en tant que personne ou en tant que famille, et de vos limites en lien avec votre réalité. Vous vous sentirez probablement plus à l'aise de dire un vrai ''oui'' ou un vrai ''non'' si vous savez que la personne en face de vous a conscience des enjeux que vous vivez.
Évidemment, si vous êtes aidant d'une personne atteinte, il y a des chances que cela vous rende parfois moins disponible et plus épuisé. Aussi, de la même manière qu'on peut être trop fatigué pour accepter toutes les invitations extérieures qu'on reçoit, on peut aussi se sentir trop fatigué pour répondre à toutes les demandes de notre proche atteint. Il est important que lui aussi comprenne qu'il est possible que vous soyez moins disponible pour lui à certains moments ou que vous disiez non à certaines demandes de sa part, et que vous l'aimez tout de même malgré tout.
Prévoir des périodes de repos
Il est fort possible que même avec ses beaux moments, les Fêtes vous apportent également une charge mentale supplémentaire. Alors, au-delà du fait de se donner le droit de dire non à certaines demandes, on peut aussi littéralement prévoir dans notre horaire des moments où on ne fera que des choses qui nous relaxent (ou même, pourquoi pas, ne rien faire du tout!). Bien sûr, le temps des Fêtes étant une période limitée dans le temps, il est normal d’essayer d’en profiter comme on peut, quitte à brûler un peu trop de notre énergie pendant une semaine ou deux. Mais vous n'aurez probablement pas non plus envie de commencer la nouvelle année avec votre ''batterie'' à plat, et pour cela, il est important d'équilibrer vos moments plus énergivores avec des moments de ''recharge''.
Ciblez au moins une ou plusieurs journées où vous savez que vous ne ferez rien à part relaxer, que ce soit en écoutant des films de Noël en pyjama, en jouant à des jeux de société en famille, ou en prenant une marche tranquille en forêt - bref, n'importe quoi qui vous fait du bien. Si vous accompagnez une personne atteinte, cette pause pourrait bien être la bienvenue pour elle aussi. Encouragez votre proche à nommer ce qui lui ferait du bien à lui aussi dans le temps des Fêtes, ou ce qui l'aiderait à vivre cette période plus facilement, au besoin.
En vivant avec une personne atteinte, il se peut que vous ressentiez parfois le besoin de prendre une pause seul, surtout si la situation est plus difficile par rapport à votre proche. Ce besoin n'est pas à négliger non plus dans le temps des Fêtes. Offrez-vous en cadeau un moment juste pour vous, sans vous sentir coupable, et normalisez ces moments.
La manière dont beaucoup d'entre nous vivons le temps des Fêtes fait en sorte que ce ''congé'' n'est pas nécessairement synonyme de ''vacances'', et que si on n'y fait pas attention, il se peut qu'on en ressorte plus épuisé qu'autre chose. Permettez-vous suffisamment de repos, et si possible, partagez cette habitude avec votre proche.
Demander de l’aide
Noël et tout ce qui l'entoure, c'est souvent beaucoup de préparation. Et toute cette organisation, ça peut être amusant, et nous aider à nous mettre dans l'esprit des Fêtes. Pour certains, ça peut leur donner un boost d'énergie; pour d'autres, ça peut être vu comme une pile de responsabilités supplémentaires dont ils doivent s'occuper. Cette année pour les Fêtes, pourquoi ne pas demander un peu d'aide, et faire équipe avec quelqu'un de votre entourage pour préparer les choses?
Proposez à un(e) ami(e) ou à quelqu'un de votre famille avec qui vous aimez passer du temps de prendre un après-midi avec vous pour cuisiner à deux quelques plats ou desserts, faire ensemble votre sapin de Noël, ou vous aider à décorer votre maison et emballer vos cadeaux. Passer du temps avec une personne de confiance avec qui on se sent bien, ça peut d'ailleurs nous aider à être de bonne humeur et à avoir plus d'énergie. Et si vous vous sentez moins d'attaque cette année pour faire des préparatifs grandioses pour les Fêtes, il n'y a aucun problème non plus à en faire moins, et à garder cela plus simple.
Il y a aussi des tâches qu'on peut déléguer, si cela s'y porte. Peut-être votre conjoint(e) aurait plus de temps que vous pour passer au magasin ou faire l'épicerie, ou pour installer quelques décorations? On n'a pas toujours le réflexe de demander de l'aide, ou de ne pas automatiquement tout faire soi-même. Qui sait, si on leur demande, les gens autour de nous seront peut-être bien contents de savoir qu'ils peuvent nous rendre service! Par exemple, si vous faites un souper avec des invités, vous pouvez leur proposer une formule où chacun amène un petit quelque chose, plutôt que ce soit une seule personne qui prépare tout. Bref, n'hésitez pas à simplifier en demandant un coup de main.
Évidemment, puisqu'on aborde le fait de demander de l'aide, il ne faut pas oublier l'aspect de l'aide pour soi, pour notre santé mentale. Les Fêtes sont peut-être un moment de l'année plus difficile pour vous ou pour votre proche, pour plein de raisons possibles. Si vous vous sentez plus mélancolique ou anxieux à l'approche de cette période, n'hésitez pas à aller chercher de l'aide et en parler, que ce soit à une personne de confiance autour de vous, ou avec une aide plus professionnelle. Et si vous vivez du stress par rapport au fait de passer votre temps des Fêtes auprès d'une personne atteinte, si vous ressentez de l'appréhension du fait de ne pas savoir si une crise surviendra, ou de ne pas savoir quoi faire si jamais elle survient - alors vous pouvez également aller chercher du soutien, entre autres, à un organisme comme le Portail.
Conclusion
Pour conclure, il est bon de se rappeler que l’essentiel n’est pas nécessairement de ''réussir'' son temps des Fêtes avec l'attente que ce soit une période parfaite et magique; il se peut que pour nous, ce qui compte, ce soit surtout de le vivre d'une manière aussi paisible et douce que possible. Cette période de l'année n'est pas vécue par tous de la même façon, et est souvent teintée de circonstances uniques à chacun; si pour vous, réussir vos Fêtes, c'est simplement de passer à travers, c'est correct aussi.
Si vous avez un beau temps des Fêtes en perspective, je vous souhaite que celui-ci soit joyeux et chaleureux, et de pouvoir en profiter autant que possible. Et si c'est une période plus difficile pour vous, je vous souhaite de la douceur et du repos, de la compréhension de la part de vos proches, et plus de moments agréables que négatifs. En tous les cas, je vous souhaite un bon temps des Fêtes, que ce soit dans votre bulle tranquille, ou avec les gens que vous aimez.





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