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  • Photo du rédacteurPhilippe St-Laurent

Accueillir l'incertitude de son proche

Résistant au changement?


Trop souvent, en tant que membres de l’entourage, nous nous retrouvons devant un proche qui nous apparaît faire du « surplace ». On ressent sa fatigue, son anxiété et ses humeurs dépressives qui durent dans le temps. Bref, on se retrouve aux premières loges des manifestations du trouble de santé mentale. De l’extérieur, il est évident pour nous que des changements sont nécessaires pour que notre proche redevienne cette meilleure version de lui-même que nous aimons tant. En même temps, nous remarquons que ces changements semblent inaccessibles à la volonté de notre être cher.


Malheureusement, tout le monde subit les conséquences de l’inaction : stress, culpabilité, frustration et bien d’autres. On peut même devenir désespéré et se demander : « Est-ce qu’il/elle doit toucher le fond pour vraiment s’engager dans un changement? ». Un agencement de changements spécifiques à la situation, reliés aux habitudes de vie et au traitement psychosocial et médicamenteux, sont importants à entreprendre pour favoriser le rétablissement. Même si la personne souffrant d’une maladie mentale a été bien informée par le médecin ou le psychologue des comportements qui soutiendront son rétablissement, il est souvent difficile pour elle de les mettre en application d’une manière durable. Plusieurs observeront un manque d’engagement de leur proche atteint envers les solutions : médication, exercice, thérapie, socialisation, sommeil stable, contrôle des consommations et autres.


C’est à ce moment qu’on risque de tomber dans un piège. On commence à voir notre proche comme étant « résistant », qu’il « ne prend pas ça au sérieux » ou qu’il « s’oppose au traitement ». Percevoir notre proche comme tel est un piège qui prend racine dans notre propre angoisse. Deux camps se forment : l’équipe « pro-changement » et l’équipe « anti-changement », ce qui élimine l’esprit d’équipe si important dans tout rétablissement. Notre objectif sera plutôt d’augmenter la motivation ainsi que la confiance de l’être cher vis-à-vis les changements proposés en employant ses propres arguments. Comment y arriver? Je vous propose de voir votre proche comme quelqu’un d’ambivalent et non de résistant. Dans ce texte, vous développerez des techniques d’écoute et de communication de base qui permettront à l’autre une saine exploration de son ambivalence et qui le rapprocheront de l’action. Cette exploration prend en compte quatre sujets qui seront divisés en deux catégories. La première catégorie regroupe les échanges qui entravent le changement et la seconde catégorie, les échanges qui favorisent le changement.


Accueillir l’ambivalence


Tout d’abord, il est nécessaire d’accueillir sainement l’ambivalence. Cela demande de voir notre proche comme quelqu’un qui est hésitant et non comme quelqu’un de résistant. La différence? Il est possible d’accompagner quelqu’un qui hésite dans sa réflexion. Vous entendrez votre proche parler du traitement de la maladie de manières qui ne sont pas particulièrement reluisantes. Il faut d’abord et avant tout se dire à soi-même que ces ambivalences sont saines et normales! Notre réflexe naturel est de s’opposer et d’expliquer les bienfaits d’adhérer aux changements demandés pour le traitement de la maladie. En même temps, se positionner aussi rapidement sans laisser l’opportunité à son proche d’être apaisé dans le stress qu’amène le changement contribue à former des équipes adverses.


Des exemples de propos qu’on doit accueillir sans juger ou essayer de contrôler sont : « Je ne me sens pas bien quand je prends les médicaments », « Ça me frustre de devoir avoir des heures de sommeil constantes », « Je veux continuer à consommer », « Je n’aime pas ça aller parler de mes problèmes avec un intervenant », etc. Ces manières de parler sous-entendent deux types d’arguments « anti-changement » : les désavantages à changer, et les avantages à rester dans le statu quo. Votre mission : ne pas vous opposer directement. Si on contredit l’autre au plus vite, on ne fait qu’augmenter les émotions négatives vis-à-vis le changement. Au fond, on lui prouve qu’on ne comprend pas son inconfort en regard des changements. On est alors en mesure de se demander : si je démontre à l’autre mon incompréhension de ses difficultés, suis-je toujours suffisamment crédible pour l’accompagner et le soutenir dans ses choix?


Ce que je propose face à un discours qui reflète les avantages du statu quo ou les désavantages du changement est simple : identifier l’émotion qu’il y a derrière et la valider. Par exemple, si on entend : « Je ne me sens pas bien quand je prends les médicaments », on peut répondre quelque chose comme : « Ça te frustre que le médicament ait aussi des effets secondaires ». Une affirmation toute brève et simple comme celle-là vise à prouver à notre proche que nous sommes capables de se mettre à sa place. On gagne alors en crédibilité.


J’encourage ceux qui liront ces lignes à se souvenir que devant le désaccord, il vaut souvent mieux maintenir la qualité de notre relation plutôt que de la mettre à risque en tentant tant bien que mal de faire entendre raison à notre proche ici et maintenant. C’est d’autant plus pertinent de s’en souvenir quand nous prenons connaissance d’un fait qui est à la source de la prochaine partie de ce texte. Les gens sont beaucoup plus convaincus de changer grâce aux choses qu’ils se disent eux-mêmes, et non par ce qu’ils se font dire par les autres.


Favoriser l’engagement dans le changement


Nous ne sommes jamais mieux servis que par nous-même. Cette affirmation populaire s’applique aussi lorsqu’on cherche à développer de la confiance et de la motivation à changer. Les psychologues William R. Miller et Stephen Rollnick se sont intéressés aux facteurs qui favorisent l’adhésion à un changement. Entre autres, ils ont identifié que lorsqu’une personne évoque elle-même ses propres avantages au changement ainsi que ses propres désavantages au statu quo, elle augmente par la même occasion sa motivation et sa confiance à l’égard des changements d’une manière beaucoup plus significative que lorsqu’une autre personne les lui présente. En bref, on préfèrera permettre à l’autre d’exprimer SES gains à changer, plutôt que de l’éduquer sur NOS impressions des gains qu’il peut en retirer.


Voici un exemple pour s’illustrer la différence. Votre proche vous fait part du fait qu’il croit que les nouveaux médicaments l’aident progressivement au niveau de son humeur dépressive. La réaction qu’on souhaitera avoir pour valoriser ce changement est de s’y intéresser, de questionner, d’approfondir les gains que notre proche ressent lui-même en les lui faisant évoquer : « C’est agréable à entendre! Qu’est-ce que tu sens de différent aujourd’hui? Quoi d’autre? As-tu l’impression que ça te donne envie de sortir plus? », etc. On préfèrera cette manière de valoriser le changement d’une manière naturelle, sans que nous ayons besoin de prouver un point.


Plusieurs feront l’erreur d’essayer d’imposer le changement (comme d’accepter la médication) en convaincant leur proche avec leurs propres arguments : « Tu devrais prendre tes médicaments pour être de meilleure humeur, c’est important, le médecin l’a dit et il faut l’écouter ». Il n’y a rien de fondamentalement mal à exprimer son opinion de la sorte. Ce qu’on voudra éviter en revanche, c’est de marteler l’autre de nos arguments si on constate qu’ils ne fonctionnent pas. Rappelons que le plus important est de demeurer un accompagnateur crédible et soutenant. Notre énergie sera donc mieux investie en permettant à notre proche d’approfondir les bienfaits qu’il retire déjà ou qu’il va retirer de son engagement dans le changement. Nous voulons accorder plus de temps à ces discussions qu’à celles en défaveur du changement. C’est une opportunité de prouver à l’autre notre fierté, notre encouragement, notre admiration et surtout qu’on accorde de l’importance à sa manière de voir les choses.


Conclusion


Le but de ce texte aura été de mieux comprendre comment nous pouvons accompagner quelqu’un dans un changement difficile, comme le traitement de la maladie mentale. Le mot d’ordre aura été qu’on ne doit pas s’opposer à la « résistance », mais plutôt savoir accueillir l’ambivalence de manière appropriée selon les contextes.


On se souviendra que lorsque notre proche argumente contre l’engagement dans le changement, il faut savoir l’accueillir en validant les émotions et les situations déplaisantes vécues, sans pour autant être nécessairement en accord avec les faits ou les interprétations de l’autre. L’écouter et lui prouver que nous sommes capables de se mettre à sa place est thérapeutique en soi. Nous nous rappellerons qu’il faut accepter qu’on ne convaincra pas notre proche ici et maintenant de s’engager dans le changement lorsqu’il est ambivalent. Accueillir cette hésitation sans jugement et avec empathie nous place comme quelqu’un de crédible à ses yeux, ce qui augmente les chances de pouvoir l’accompagner dans ses choix dans le futur et de vivre une relation harmonieuse avec lui.


Enfin, nous aurons compris que les gens sont plus facilement convaincus par leurs propres arguments, et que nous avons un rôle à jouer dans ce que notre proche nous partage, en nous y intéressant activement lorsque l’opportunité se présente. Nous pouvons agir comme une loupe qui grossit les gains vécus grâce au changement, en posant des questions et en se projetant avec notre proche dans les bénéfices futurs qu’il vivra.



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